17.10.2007

Un père

Il émet un murmure indistinct, une basse continue, d'où ressortent un ou deux mots interrogateurs. Je lui réponds lentement, je reformule encore et encore, je guette la lueur de compréhension qui raccorderait mes mots aux siens, j'écris, j'explique, d'accord ?

Il me repose la question du début, je recommence...

Je ne peux décemment pas lui dire qu'il vaudrait mieux que sa fille soit là à sa place.

 

15.10.2007

Yaourt soviétique

Je ne m'en lasse pas !

http://fr.youtube.com/watch?v=WM5H1KthhUU

12.10.2007

Elle me dit que ce n'est pas grave

Avec deux petites lignes rouges au bord du plâtre, des lézardes, et même un sourire.

03.10.2007

Puissance du Verbe

Je comprends ce que les gens disent. C’est pénible, je n’en ai pas l’habitude. Je déteste ça. Les gens parlent, j’entends sans avoir besoin d’écouter et je comprends. C’est infernal. J’ai l’impression de me mêler de ce qui ne me regarde pas. D’ailleurs ça ne m’intéresse pas, je ne veux pas savoir. Rendez-moi ma bienheureuse quiétude, mon paradis perdu !

Tout ça, c'est la faute de cet architecte. J'ai senti tout de suite le danger, j'ai bien vu à ses grands gestes, à son regard décidé et pervers, qu'il y avait du bouleversement dans l'air. Il a tout changé : matières, couleurs, volumes, espaces et passages, et puis les ombres et la lumière. Mais le pire c'est son toupet extraordinaire, sa prétention à faire oeuvre quasi divine, sa sale manie de tout rebaptiser. C'est avec effroi que je l'ai vu ouvrir la bouche pour me nommer. C'est avec un sentiment d'irréparable catastrophe que j'ai entendu mon tout premier mot, celui qui me transformait, me redéfinissait et me donnait cette aptitude nouvelle, moi qui n'étais jusque là qu'une paisible cloison.

Vous comprenez maintenant ma souffrance ? Vous savez ce qu'ont les murs, n'est-ce pas ?

Elle n'ira pas au cinéma

Mais elle le fait savoir !

Avec dans la voix tout ce qu'il faut d'excitation et de jubilation. Elle rit et frétille, s'enchante du plaisir inattendu, se promet d'en jouir sans honte ; elle ne se refusera ni souvenirs ni fantasmes. 

Son « non » très sincère a un vrai goût de victoire.

Abécédaire

J'ai très longtemps habité près d'un pont SNCF, tout au nord de Paris.

Un pont très noir, qui tremblait au passage des trains de marchandises, un pont que j'aimais.

Comment pouvait-on aimer un tel amas de ferraille, lui trouver un quelconque charme ? Sans aucun doute, je devais être le seul dans ce cas.

Pour moi, c'était le pendant de l'école dans la vie réelle : toute la géométrie dans ses poutrelles, la géographie de la terre entière dans ses invitations au voyage, et les problèmes de trains bien sûr !

Sur la paroi métallique séparant les voies du passage réservé aux piétons, on voyait souvent des slogans brossés à la chaux, en grandes lettres blanches. J'y prenais des leçons de lecture et de politique.

 — Li–beu...

 — Non, li–bé...

— Mais il n'y a pas d'accent !

— On n'en met pas sur les majuscules.

— LIBEREZ *** ! Qu'est-ce qu'il a fait, *** ? Il est prisonnier ? C'est un bandit ?

— Non ! Il est en prison à cause de ses idées. Il n'est pas d'accord avec le gouvernement. C'est politique.

 

J'ai grandi, déménagé, mais le pont n'a pas cessé de faire partie de ma vie. Je le revois matin et soir sur le chemin du travail et, tenez-vous bien, le jeune frère de *** est devenu mon compagnon. Lui aussi s'adonne aux inscriptions politiques sur surfaces publiques. Mais entre-temps l'administration, lassée sans doute de nettoyer régulièrement les plaques métalliques du pont, les a perfidement badigeonnées de blanc.

Un soir de rage et de fulmination mon compagnon, décidé à « ne pas laisser passer ça », se précipita sur ses réserves de brosses et de peinture et nous partîmes en expédition. Sous la lumière nocturne, il traçait de grandes lettres humides, brillantes, mais j'avais quand même un doute.

— Tu es sûr que ça se verra ?

— Oui ! Oui ! J'y ai mis tous mes berlingots de bleu marine.

Hélas, le lendemain matin, je compris que l'inscription vengeresse serait un message que le pont ne délivrerait qu'à moi : sur le fond blanc, le tragique « Hommage à X assassiné » se faisait fantomatique, en bleu layette très tendre !

 

01.10.2007

Worry stone (Sablier du lundi)

On m'a prêté aujourd'hui un petit gadget avec lequel j'ai pu faire mumuse durant un peu plus d'une heure. Bien que je n'aie évidemment pas eu le temps de le détailler sous absolument toutes ses coutures, je dois reconnaître avoir pris pas mal de plaisir à le manipuler. C'est pourtant un objet d'apparence fort simple, ovale et plat, de tonalité générale olive, veiné de gris-bleu et d'un peu de brun. En regardant plus en détails couleurs et dessin, on pourrait sans doute se perdre dans leur cartographie fantastique, mais l'essentiel n'est pas là. Ce n'est pas un objet qu'on regarde, c'est un objet vers lequel on tend la main en toute innocence, qu'on appuie d'instinct sur l'index et le majeur.

Le vertige alors, c'est ce creux doux où la pulpe du pouce vient irrésistiblement se poser, la dépression précisément calculée pour engendrer une caresse sans fin, une caresse hypnotique qui explore les bords, revient chercher le pur plaisir du centre, repart errer sur l'arrondi du contour pour apprécier toutes les nuances, les infimes variations de la courbe de pierre que la chair effleure ou presse, dans le désir avide d'en mémoriser le galbe.

 

Tu me l'as prêté, repris, il y a maintenant cette absence au bout de mes doigts... 

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