03.02.2006

Au pays où les Lamborghini sont des tracteurs

 

Parce que c'était un petit déjeuner au sommet d'une colline ensoleillée, parce que la lumière et la douceur de l'air nous sacraient rois de l'été, il était inconcevable de manger autre chose sur nos tartines que de la confiture d'abricot. Elle seule, par sa couleur et son éclat, pouvait s'accorder à notre humeur. Hélas, elle attirait également des dizaines de guêpes, coruscantes et sonores, au fond parfaitement adaptées à l'instant elles aussi, mais qui déclenchaient néanmoins angoisses et gesticulations.

Comment éviter la déconfiture ?

Sur le quatrième côté de la table, à la place de l'absent (à lui la grasse matinée, à moi la sieste), nous avons tenté une offrande : quelques quignons généreusement garnis dans une zone paisible, loin des mains virevoltantes et des mâchoires énergiques. Ingénieuse trouvaille ! Un brin de sérénité vigilante par ci, moins d'agressivité qu'on ne le dit par là, nous finîmes en commensaux tolérants.

 

 

26.01.2006

A.R.C.

Comment dire je t'aime sans se compromettre ? 

 

Je clamais son nom dès que je me croyais seule.

Je l'écrivais sur tous les supports éphémères : sable, neige, mousse du bain, buée sur la fenêtre de l'autobus.

J'estampillais de « je t'aime » prétendument anonymes tout papier passant à ma portée.

Je me croyais à l'abri. Jusqu'au jour où il se pencha sur mon épaule, constata mes griffonnages naïfs, le rouge violent de mes joues. 

Et garda un long silence.

 

20.01.2006

Terre battue

Trois petites filles dans une grange. Deux portes avec chacune son au-delà : la cuisine où règne la soumission familière, l'étable où la vie est étrange et puissante dans la pénombre. Là-haut, le mystère du fenil est interdit pour cause d'échelle peu sûre. Du bric à brac le long des murs, le souvenir ne retiendra que quelques éléments : les paniers pour la récolte des pommes, la canne à pêche de l'oncle, la grande cuve à lessive en galvanisé, et surtout le vieux tonneau plein de grains de maïs.

Trois petites filles explorant la sensualité, les bras plongés dans le grain qui roule, cède, se referme, et laisse une fine poussière sur la peau.

Trois petites filles se disputant la balançoire pendue à une maîtresse poutre. L'aire en terre battue où le père et le grand-père ont jadis manié le fléau est creusée par les petits pieds énergiques à la recherche d'un plus grand élan et du petit whoup au creux de l'estomac. Le trou au sol a un profil de Saturne, avec une zone centrale où claque l'impulsion et, de part et d'autre, le sillon où freine le pied, maussade de devoir céder la place.

 

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Trois petites filles parties explorer d'autres sols et d'autres balançoires. Six pieds trépignant au bord du monde. Une nouvelle aire s'ouvre à eux.